Cuesta

Guy Blackburn
Elizabeth Chitty
Claudine Cotton
Martin Dufrasne
Reinhard Reitzenstein
Ronald Thibert
Yves Tremblay
Gayle Young

Terre commune/Common ground

Du 12 septembre au 6 octobre 1996

La rentrée automnale de 1996 à Séquence a été marqué, par la présentation de l'exposition Terre commune/Common ground, mission d'échanges artistiques et culturelles Québec/Ontario avec la Grimsby Public Art Gallery.

De retour au Saguenay, après la réalisation de la dernière étape de leur projet d'échanges, les artistes saguenéens présentent, conjointement avec les artistes ontariens, l'exposition bilan de leur mission de création. L'exposition a un caractère documentaire puisque, nous y voyons des traces photographiques de l'ensemble des oeuvres des intervenants, qui plus est, chaque artiste y fait l'installation d'artefact ayant servi à la création des oeuvres. Le projet culminera au cours de l'automne 1996 par l'édition d'un cédérom qui documentera l'ensemble des interventions artistiques. Des auteurs complèteront cette livraison multimédia par des textes réflectifs sur le corpus des oeuvres réalisées dans ce projet d'échanges.

Le projet a reçu, en 1994, l'appui du programme d'échanges culturels Québec/Ontario, en 1995, celui du Conseil des arts et des lettres du Québec dans son programme promotion et diffusion, en 1996, celui du Conseil des Arts du Canada dans ses programmes aide aux expositions et l'office des tournées. Cette mission a été réalisée conjointement avec la Grimsby Public Art Gallery.

Lors de l'ouverture de l'exposition, les artistes saguenéens procèderont au lancement de leur publication Cuesta 0. Par la même occasion, Séquence fera le lancement de ses dernières publications : Oeuvres sur papier photosensible de Francine Desmeules et Arbre Sacrée de Sonia Robertson.

Lieu de rencontre d'artistes québécois et ontariens, Cuesta est né en 1994. Le projet consiste en une série d'interventions artistiques qui s'étendent sur un calendrier de deux ans et qui ont lieu à Alma au Québec et à Grimsby en Ontario. La publication du livre Cuesta 0 est la première d'une série de manifestations des artistes québécois Guy Blackburn, Claudine Cotton, Ronald Thibert et Yves Tremblay.


Cuesta 0 ou l'impression d'un site

Les artistes Guy Blackburn, Claudine Cotton, Ronald Thibert et Yves Tremblay vivent au Saguenay. Ils ont choisi, à l'occasion de leur première manifestation dans Cuesta, d'intervenir sur un territoire dont la seule limite demeure l'imaginaire. Le livre devient, tant pour l'oeuvre que pour l'artiste, site affranchi de contraintes physiques, sociologiques et économiques. Ainsi, les oeuvres publiées dans Cuesta 0 ont pu glisser de la table à dessin à l'impression sans subir les altérations que supposent leur réalisation, leur exécution ou leur diffusion. L'impression devient ici environnement spécifique où l'oeuvre se révèle dans toute son intégrité, dans toute son intégralité. À l'abri des agents extérieurs qui pourraient travestir son identité, l'oeuvre peut entrer en osmose parfaite avec le concept dont elle est issue. Pour atteindre cette plénitude, l'oeuvre doit donc demeurer dans les limites du champ conceptuel. Elle est projet, idée, utopie, mais elle est aussi, paradoxalement, production virtuelle. Elle porte en elle ses conditions de réalisation, ses limites, ses choix, ses stratégies d'exécution. C'est en elle que se retrouvent les éléments référentiels, sorte de carte génétique du travail à venir. En fait, elle est partie intégrante du processus de création. Sortie de son territoire, elle n'est ni tout à fait la même, ni tout à fait autre. Ainsi présentée, l'oeuvre doit être à la fois regardée pour ce qu'elle est et pour ce qu'elle deviendra. C'est ce double regard qui sert de fondement à Cuesta 0.

Après avoir habité un site imprimé pendant onze mois, les oeuvres de Cuesta 0 ne sont plus les mêmes depuis juillet 1995. Leurs empreintes et leurs odeurs ont rejoint un autre territoire de réalisation à Grimsby. Elles ont glissé de l'impression au site de réalisation in situ. Ainsi, les oeuvres de Cuesta 0 sont devenues les oeuvres de Cuesta 1, ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres...

Sylvie Harvey

 

«Surfer» par dessus les barrages

Texte de Guy Sioui Durand sur Terre commune-Common Ground

Niagara en Sagamie

Les chutes Niagara concentrent de manière magnifique un débit d'eau furieux et puissant. Le passage des eaux du grand lac Érié dans le grand lac Ontario y gruge petit à petit la dénivellation. Site d'attraction mondial, ces torrents sont, malgré l'érosion naturelle, certainement plus menaçés par l'industrie de consommation de masse qu'ils ne menaçent.

Au Saguenay par contre, les nombreux cours d'eau ont été, avec l'avènement de l'industrialisation-urbanisation autour de l'exploitation de la pulpe puis de l'électricité, progressivement harnachés et domestiqués dès le début du siècle : détournements de cours d'eau, barrages, lac artificiel, surveillance à distance depuis la capitale bureaucratique, etc... Là non plus, les courants d'eau ne devaient pas menacer.

De connivence avec le centre d'artistes Séquence, le collectif ponctuel d'artistes Cuesta, formé par Claudine Cotton, Yves Tremblay, Ronald Thibert, Guy Blackburn et Steven Ferlatte, avait mis la dernière main le jeudi 18 juillet au livre Cuesta 0 et à leurs préparatifs de déploiement artistique pour Grimsby, cette petite ville sise dans la péninsule de Niagara, juste avant les chutes et après Toronto. Or le système dépressionnaire excessif des 19 et 20 juillet qui aura déferlé en pluies diluviennes provoquant des débordements de rivières et de barrages, va quelque peu modifier la conjoncture. On a abondamment relaté ces décès, ces quartiers inondés, ces ponts emportés, ces villages détruits, ces routes fracturées et ces dommages incalculables. On comprend que, quand ils sont arrivés les 22-23 juillet là-bas, les artistes hôtes de la galerie d'art, Mary Rashleigh, Gale Young, Reinhard Reitzenstein et Élizabeth Chitty eurent l'impression d'accueillir des naufragés!

C'est dans ce contexte que les manifestations, d'abord Cuesta démarré en 1994 puis métamorphosé en Common Ground-Terre Commune en 1996, de par leur durée, leurs séquences estivales et leurs stratégies artistiques, questionnent autrement l'impact et le sens des pratiques culturelles en cours. Il réhabilite aussi l'arrimage de l'art à des enjeux de communications et de rôles socio-artistiques différents dans un climat unique de l'art qui se fait et se vit. De solidarité aussi.

En septembre, la vague artistique de la péninsule Niagara fait ressac chez Sequence. L'exposition Common Ground-Terre Commune et le lancement des livres Cuesta 0 et du petit «livre vert» culmine le 27 septembre. Ce texte s'y greffe, pour voguer ensuite sur Internet. Mais retour en Ontario.


Sur la route fruitière et vinicole de la péninsule Niagara

Aujourd'hui, 24 août, le lac Ontario est d'huile. Seuls les goélands sonorisent ce calme exemplaire près de Stoney Creek. Ces mers intérieures, sources du grand fleuve Saint-Laurent, ont pour noms Ontario, Huron, Érié, Michigan, Supérieur. Des grands lacs époustouflants. Ils séparent les Américains des Canadiens, relient l'Ontario et le Québec. Autrefois, c'était la Huronnie et le pays des Neutres, des Iroquoiens.

La vie s'écoule.

Les artistes s'activent à la galerie d'art de Grimsby mais aussi dans les parc publics (Centennial Park, Beamer Memorial, Murray Park). Qu'est-ce qui s'y passe de bizarre, au point de reléguer en second plan la culture de masse l'attraction des grandes chutes, les cultures vinicoles et la quiétude périphérique du «town»?


Il n'y a d'art qu'actuel, même scrutant les Mémoires

À Grimsby, il y aura créations en galerie, mais aussi un site dans le village; jumelage de la culture du temps et de la culture de l'espace. L'événement Common Ground-Terre Commune, l'épisode ontarien, sera plus précisément à la jonction en oeuvres de l'intime et du communautaire. Ces évocations de m
émoires oscilleront entre le Moi privé et le Nous communautaire tout en «marquant» symboliquement le territoire.

On aura soudain affaire à l'écoute et au prélèvement de rythmes et de sons qui prendront à contre-courant le débit bruyant du trafic automobile (Gale Young et Reinhard Reitzenstein). Le célèbre sentier pédestre sera soudain détourné par une nouvelle signalétique (Yves Tremblay). Un trajet/performance à la brunante dans la nature s'y greffera (Élizabeth Chitty). Quotidiennement, dans le parc central, des souvenirs privés tatoueront le sol (Guy Blackburn), un chêne vivant sera sculpté comme une blessure picturale (Ronald Thibert). Dans une grande serre de fleurs, cent chrisanthèmes effeuillés et photographiés transforment l'endroit en zone d'émotions (Martin Dufrasne). Finalement, une seule hostie larguée par avion au dessus de Grimsby libèrera symboliquement de l'espoir pour les 19000 habitants de Grimsby.

Intriguant?

Claudine Cotton


Sound Ecology

«Listen to the way the tubes alter the already-audible sounds. What's the difference between what you hear witht the tubes and without them? Is it louder through the tubes? The tubes don't actually amplify the sounds. it might seem louder because the tubes bring your ears closer to the sound sources. This installation calls attention to the sounds of surrounding environment. Since you have to stop and place your ears against the sound tubes it will allow you to pause, listen and notice».(1)


Les tuyaux sonores (Gale Young et Reinhard Reitzenstein)

De grandes photographies des tuyaux sonores mis en place lors de la phase 1 de Cuesta au Saguenay-Lac-Saint-Jean en 1994 et un texte racontant le dispositif rappellent le pourquoi environnemental et sonore du projet. Si les images ravivent ce coin de pays englouti alors, elles indiquent aussi la récidive des écoutes in situ ici à Grimsby.


Queen Elizabeth Highway relativised

Gale Young et Reinhard Reitzenstein récidivent chez eux en deux sites : d'abord sur un pont enjambant un ruisseau dans l'escarpement qui descend du Lookout au Gibson St- Bridge, mais aussi sur un viaduc où passe en-dessous la Queen Elizabeth Highway (QEW) coupant la ville en deux. Des tuyaux de PVC, matériaux de plomberie sont disposés par paires. Ils forment des écouteurs qui rapprochent des sources de sons. Ce sont aussi des dispositifs pour prélever les sons selon des mesures de distances harmonisées sur la gamme des notes.

Sons contre bruits. Voilà deux réalités sonores, deux antipodes de la technonature dans laquelle vivent les gens de Grimsby. Cette écoute via des tuyaux sonores ressemble à une sorte de casque d'écoute réglé pour mieux entendre mais aussi pour prélever les sonorités.

L'unicité des sites, leur éphémérité extérieure, les nombreux endroits où il y a prélèvement s'inscrivent dans l'exploration actuelle par de nouveaux artistes de ce que l'on appelle l'écologie sonore.

Les exemples ne manquent pas. L'installation sonore, électrique et spatiale Canal de Trois (Jean-Pierre Gauthier, Yves Gendreau et Michel Sévigny) en mai-juin à l'Oeil de Poisson de Québec, l'environnement sonore réalisé à partir de prélèvements via des microphones sans fil par Michel Sévigny sous le pont de Notre-Dame-des-Pins lors de l'événement Entre «Pont» neurs en Beauce au mois d'août, mais surtout le récent colloque La Parallaxe organisé par Avatar et Obscure en septembre au complexe Méduse de Québec permettent dans cette veine, de saisir comment l'exploration actuelle de l'art multimédia accorde une large place aux effets audios. Lors de La Parallaxe, le concert de musique de synthèse (Biomuse) en temps réel d'Atau Tanaka et ses comparses simultanément dans la salle multi de Méduse à Québec, dans le boisé à St-Raymond-de-Portneuf et sur un pont à Rotterdam et l'environnement sculptural et sonore Ligne de site 3 des James Partaik, Michel Saint-Onge et Luc Lévesque d'Avatar à la Chambre Blanche et transmis sur réseaux s'alignaient sur elle, un vaste projet international Rivers and Bridges.

Ces oeuvres participent du même engouement que l'oeuvre in situ de Young et Reitzenstein énoncent pour Common ground/Terre commune. Ces derniers prévoient d'ailleurs, comme l'esquissait un dessin dans la galerie, installer éventuellement leurs Tuyaux sonores sur le Rainbow Bridge qui relie le Canada et les États-Unis devant la chute Niagara.

Fait intéressant, Les Tuyaux sonores proposaient d'entendre cette fois, au Sud de l'Ontario, la Terre-Mère, à l'inverse du projet de l'artiste Anishnabaë Rebecca Belmore de Thunder Bay créé au Nord de la contrée en 1991-1992. Ayum-ee-aawach Oomama-mowan : Speaking to their Mother proposait alors de parler à la Terre-Mère via un immense mégaphone tourné vers la Plaine!

Le transfert prévu en oeuvres sonores sur cédérom devrait faire basculer la préoccupation écologique dans l'espace médiatique. Donc de communication élargie.

 

White vinyl siding of path (Yves Tremblay)

"Yves Tremblay's outdoor installation entitled «Le Blanc» is a continuation of his indoor installation which is now being exhibited in the gallery. Yves once again makes use of same materials. The boats you see before you were constructed with vynil siding. What is siding usually used for? In the piece the artist is concerned with «transbordement» which in English translates to the acts of transferring, shifting or moving. Notice how the ties are used. They create the necessary tension which holds the boat together. A tie might be associated with the business word. This idea relates to the aspect of the theme of transbordement when you think of a shifting economy. The word "carriere" in french means a stone quarry. This is where Yves has chosen to place his installation. But the world can also refer to a course or path".(2)

"The artist' beloved semiotic games interchange the studio and the littoral, the personal and collective territories, there by altering the conventional meaning of things and their uses, linking the artistic and economic worlds".(3)


«Le Blanc»

L'artiste a construit une forme en déclin de vinyle qui évoque une embarcation. Des cravates multicolores enroulent le cable d'acier qui courbe par tension les parois et donne l'aspect de la chaloupe. Allusion aux inondations en cours au Saguenay, en Haute-Mauricie et sur la Côte-Nord? Les cravates sortent de l'embarcation comme pour s'ancrer dans un récipient rempli de «tee» pour le golf. Il s'agit du rappel mnésique de l'intervention qu'il avait faite l'an dernier sur ces escarpements convoités par des promoteurs de terrains de golf comme unité de mesure de la mémoire de l'art en actes. Aux côtés, des rames, aussi en déclin de vynile s'entrecroisent. Impossibilité d'usage.

Un quotidien qu'Yves Tremblay aborde de façon complexe, tout près de la consommation d'une similiculture qu'il énonce. Il navigue symboliquement sur, avant de tout basculer à l'extérieur dans un site où les arcs, les formes et la subversion des signaux en place, transforment à nouveau l'esprit de la couleur. C'est pourquoi, les indices disposés en salle annonçaient le déploiement «Blanc» à l'extérieur.


The Quarry at The Beamer Memorial Conservation Area

Yves Tremblay prend possession de la «Quarry» (une ancienne carrière désaffectée) sur le haut des escarpements de Grimsby, le «lookout» comme les résidents appellent ce point de vue élevé. La «Quarry» a été absorbée dans le parc faunique de conservation, le Beamer Memorial qui est traversé par la célèbre «Bruce Trail», un parcours pédestre qui traverse du Nord au Sud la Nord-Amérique.

Le micro-climat de la péninsule du Niagara est propice aux vignes, fruits et à une flore qui a su attirer les papillons monarques mais aussi les aigles et vautours qui y séjournent. Dire qu'il y trente ans, c'était une ancienne carrière de sable et de pierre!

L'artiste y réhabilite l'étendue fluide d'un imaginaire en y éparpillant ses formes blanches de déclin de vinylle en tension. Arcs et embarcations façonnent une signalétique différente de celles indiquant le parcours organisé, tracé, ordonné dans la nature qu'est la «Bruce Trail». Tremblay compose avec un certain désordre déjà présent sur le site. Bouteiles de bière brisées, traces de feux de camps, etc. Ces perversions (changements de sens), il va les amplifier jusqu'à embrouiller les signaux (blancs aussi) balisant le sentier officiel. Circuler autrement.

Alors que la «Bruce Trail» se repère à partir de petites indications blanches sur les arbres, Tremblay introduit donc de nouveaux indices pour dévier. Le trajet, le site et le rapport à l'art se transvasent ici en un blanchiment (dérive des usages) qui va servir d'encadrement complice à ces nouvelles taches blanches en mouvance, le soir venu -les danseuses oeuvrant dans la performance d'Élizabeth Chitty qui seront toutes de blanc vêtues-.

Bien qu'il utilise ici des matériaux de revêtement ou de loisirs sportifs, Yves Tremblay énonce en surface des indices d'idées inquiètes de la part d'un artiste qui ressent les mutations, les transbordements, les camouflages d'un monde qui souvent désenchante. C'est là un vecteur de ses nombreuses installations depuis quelques années. Il traque les risques invisibles de l'impact de ces mutations mais aussi leurs pressions sur les fonctions essentielles de l'art en société. Ce n'est pas pour qu'il y avait une tache énigmatique sur l'ancre, presqu'imperceptible. Des tensions non-visibles?

"Such is the name ("spores") given by the artist to the substance drawn out from a newspaper, as a vicious, warm and filthy glue which would have sucked up the ink of its listings of securities and mutual funds quotations".(4)

 

Nature of the Body (Élizabeth Chitty)

"
Take a closer look. How has the artist presented the five senses? Can you recognize other images which refer to the human body? In fact the image being projected into the bowls of water is an anatomical drawing of the brain. The artist Elizabeth Chitty uses light and shadow as key elements in this piece. Both of these are changeable and impermanent. Take a walk around this place and create your own shadows. Look into the bowls of water and see how your own image is reflected. Elizabeth Chitty (performed) on the mountain at the Beamer Lookout Point. She (used) projected images, choreographied movement and other site specific media as a continuation of the installation's themes".(5)

"In Homer, thinking is described as speaking and is conceived as situated either in the earth but usually in the diaphragm. The organs of breath, the Lungs, are the organs of mind... The ancient Egyptian word for "heart", it, meant "dancer". The Buddhist conception of the sense organs are: eyes, nose, tongue, body and mind. The Tibetan word for mind and heart is the same".(6)

 

La Nature du corps (Élizabeth Chitty)

Élizabeth Chitty, sa fille Nell et deux danseuses, Heidi Strauss et Barbara Baltus, ont créé un processus créateur très lié. D'abord une installation dans la galerie. Sur un mur, des photographies montrent les sens (la vue, l'ouie, l'odorat, le goûter et le toucher), au sol une forme évoque les cellules du cerveau par un agencement quasi octogonal de bols en métal. Sur le mur opposé un projecteur permet des jeux d'ombres pour le regardeur qui est invité à circuler dans l'espace de ce coeur-poumon. Élizabeth Chitty propose ainsi un «feeling», une mise en oeuvre d'abord pour l'individu sensible, intime, à proximité. Les cinq sens mais aussi la conscience car les mouvements d'ombres et de lumières dans l'installation inscrivent cette lucidité d'être, de vivre.

Évocation de l'activité intelligente comme rapport sensible au monde.


Lookout

Un très beau petit Livre Vert reprenait ces éléments de réflexion comme guide distribué pour la performance/danse, aboutissement d'un trajet. À la «Quarry» quand nous arrivons, c'est la brunante tardive. Ce passage que nous effectuons est parsemé d'étapes.

"Wander as you please among the 5 image sites. The route is indicated with golden arrows at ground level. Each site is marked with a Sense Flag. The performance lasts as long as the time it takes to fill the bowls with water. When you hear a ringing bell, if you have not already done so, please return to the bowl field".(7)

Tout le long du sentier de la «Bruce Trail», on aperçoit tantôt les photographies de l'installation en salle (les sens) tantôt des moniteurs vidéos allumés et d'autres artefacts évoquant ces moments de l'activité sensitive et psychique. On dirait une quête existentielle initiatique. Tandis qu'Élizabeth Chitty récluse l'acte performatif dans une sobre économie rituelle, les deux danseuses s'activeront énergiquement parmi les signalétiques du Lookout. Puis un son de cloche, un feu. La fin.

On y retrouvait l'espace du corps, l'espace mental, une sorte d'organique de l'imaginaire et des sentiments.

"Where do Love and hate Live?
What is the breath of Life?...
Are our hearts so broken»
"?(8)

 

"Memory, Measure, Inaccuracy" (Guy Blackburn)

"The circular configuration you see in front of you are also tatooed on the artists right forearm. A Tatoo is a permanent way of marking something. Do you think this is permament? Look at the sunflower seeds. What will happen to them over time? Memory is a very important theme in Guy's work. He says, "I possess because I remember", Because this installation work is not permanent the artist, and you the viewer will have to rely on memory to maintain its existence. Guy's piece was inspired by his own childhood memories that he will never forget...As time passes, nature will alter Guy's piece. Think of how things or people in your life change or go away as time passes. In both cases they will always exist through memory".(9)

Dirty gloves

Dans la galerie une photographie noir et blanc agrandie montre la tête rasée de l'artiste. Elle date de 1983. Un mot, LUTTES y est gravé. Au sol sont empilés en un petit amoncellement de gants d'ouvriers, usés, sales.

Blackburn fait ici appel à des immatériaux (la mémoire) et à des gestes d'une économie calculée. Il y a treize ans, Guy Blackburn posait un geste d'art corporel d'écriture sur le corps pour dénoncer des attitudes technocratisantes. L'artiste agit. Il se rase la tête et inscrit successivement LUTTES, SOLIDARITÉS, SENS. Compte tenu du danger que comporte un tatouage sur le cuir chevelu, il ne fera tatouer qu'une petite ligne, aujourd'hui imperceptible. C'était alors un geste d'art public. C'est ce fragment de mémoire sociale que dit le dispositif dans la galerie de Grimsby. Là s'arrète le lien intérieur-extérieur de son action revisitant le Parc du Centenaire pour une seconde fois.

L'écoulement du temps et les changements dans sa pratique artistique comme ses engagements sociaux ayant bien sûr changés, il y aura progressivement glissement de sens. Ailleurs, j'ai parlé du politique au poétique. On peut retraduire du public au privé.

À l'extérieur, de manière paradoxale, il posera des actions aux références privées. Guy Blackburn est effectivement revenu réaliser un projet privé! De prime abord, ça semble paradoxal lors d'un événement sur site extérieur, ouvert aux gens. C'est qu'il y a plusieurs lectures, plusieurs angles complexes qui nourrissent son travail.


Centennial's Tatoo

L'an dernier Guy Blackburn, les textes dans le livre Cuesta 0 en rendent bien compte, jumelait espace corporel et site urbain. D'une part il s'était fait tatouer cinq points sur le bras (ce qui signifie amour en braille, et mort dans le milieu carcéral). Il avait reproduit de manière gigantesque, à grande échelle dans le parc ces points avec des graines de tournesol. Les oiseaux se chargèrent de rendre éphémère la part environnementale de l'action.

Cet été, l'artiste a fouillé dans sa mémoire intime. Il a livré ce qu'il a appelé un secret lors de la table-ronde au début du projet: la mémoire d'une cicatrice à la jambe de sa mère. Tourment privé. Cette fois, il refera sur une dalle abandonnée de ciment au centre du même parc, un transfert de cicatrice (les cinq points). Une trace permanente. Le dernier jour cependant, il recouvcrira entièrement d'un grand cercle de graines de tournesol. Mais l'important réside dans une transaction. Au cours des quatre prochaines années (jusqu'en l'an 2000), une dame de Grimsby, aussi marquée par une cicatrice personnelle viendra chaque été refaire le cercle de graines!

Guy Blackburn refera sur une dalle abandonnée de ciment au centre du parc du Centenaire, ce transfert de cicatrice (les cinq points qu'il a de tatoués sur le bras) qu'il avait expérimenté à plus grande échelle l'an dernier. Une trace permanente cette fois. Le dernier jour, il recouvrira entièrement les cinq points permanents d'un grand cercle de graines de tournesol.

Rond noir sur carré pâle? C'est tout au premier regard. En fait, ce n'est que surfaces auxquelles il ne faut justement pas se fixer.

"Five black dots, tatooed on the right forearm of the artist. They correspond to the word "love" in the Braille system. They also remind one of the cigarette burns used in the underworld on those whose days are numbered. Their meaning remains indecipherable even to the initiates, since these are neither dots nor scars. Of the Cryptogram, Guy Blackburn has kept the symbols and the positioning order. he has modified the ritual tools for the imprinting of the chosen codes : nonpunch, no flame, but needles and ink instead. The message, thus modified in its essence, is intended for other recipients, while at the same time being permanently inscribed on the sender".(10)

Ce faisant, Blackburn revisite des pratiques antérieures, se rappelle son enfance, faisant resurgir des secrets et des traces physiques pour les transférer à la surface, aux surfaces devrais-je dire. Nous sommes ici à la jonction de l'invisible (le secret, son partage privé, l'intention artistique profonde) et des cicatrices de la mémoire, donc du temps qui s'écoule, et du visible (les traces, les formes, les lieux, la matière, les échanges humains, les langages codés). À ces marquages du corps et du sol s'ajoutera la présence de l'Autre.

Complexe?

Disons que sur le plan de l'art actuel, les propositions de cet artiste poursuivent cette piste de sculpture sociale dégagée par Joseph Beuys et qui remet en question l'entier édifice intellectuel et productiviste des nouvelles catégories et genres comme acte complet d'art sans pour autant s'enfermer dans le concept, l'objet, le lieu.

Ces tatouages physiques et environnementaux sont loin d'être neutres parce qu'à la jonction de l'espace (le corps, le parc, la galerie) et du temps (la mémoire et l'avenir), ce travail de Guy Blackburn déborde les catégorisations habituelles de l'installation, de l'in situ et de l'oeuvre en progression. Ce qui n'empêchera pas un artiste du bronze de Grimsby de mouler le bras tatoué! À voir à Chicoutimi.

 

«Arbor» (Ronald Thibert)

"On this oak tree before you, Ronald has taken the image of the arm from a painting by Theodore Gericault called The Raft of the Medusa. in this piece Ronald refers to the idea or theme of "Christ's descent from the cross". Another interresting connection lies in the fact that native people had a tradition of carving masks into trees ans allowing them to change over time. Think of how this might relate the fact that this tree is located near a native burial ground. The arm illustrates a sense of vulnerability by being carved into the tree. This carving creates a scar in the trunk of the tree which will heal itself over time".(11)

 

Tree's arms Rafting

Ces têtes et bras sortant de divers troncs d'arbres, présents en galerie, surgissent d'une histoire de la peinture revisitée en sculptures sur bois par Ronald Thibert. Créativité citationnelle toute postmoderne?

Au début des années 1980, Ronald Thibert enfouit l'érotisation de ses sculptures environnementales dans la terre et l'eau. Il tord de manière sinueuse en plis et replis l'acier au sol. Et quand il lui arrive d'exhiber publiquement, monumentalement, alors c'est le tollé, le scandale. À Péribonka (1986), on exige qu'il recouvre Femme-Terre, qu'il camoufle l'art-émotion, les métaphores à fleur de peau qu'il érige. Ce tracé, cette obsession d'un rapport charnel à la matière, à la nature, au site et à la sculpture, ces cisèlements après tout, viennent d'un passé pictural (oindre, caresser, faire vivre la lumière plutôt que marteler, ciseler, incruster) avec lequel l'artiste, a entrepris dans les années 1990 d'ajuster les pendules.

D'où ce cycle du surgissement, de l'extirpation, comme des éventrements, des béances et des ouvertures qui, une fois livrées en fragments de mémoires, puisent aux archétypes d'une histore de tableaux.


The Oak at the Centennial Park

Qu'est-ce que Thibert fait donc surgir dans dans le chêne du Parc du Centenaire? Un visage tuméfié se rabat vers le bras inerte composant un personnage sorti tout droit de la célèbre toile Le radeau de la Méduse de Géricault. Ces naufragés des flots, comme bien des gens de l'Anse-Saint-Jean, La Baie, Boileau, Ferland, Chicoutimi et Jonquière se retrouvent soudain incrustés comme une blessure vive dans cet arbre en santé.

Ce cycle de sculptures des madriers d'essences diverses, des buches et troncs d'arbres qu'il a entrepris au Saguenay (et que l'on voyait en salle), le sculpteur va à Grimsby le faire basculer, comme s'il s'agissait de boutures d'art sur la nature vivante, dans la sculpture en direct. L'an dernier, il avait déjà sculpté un arbre dans la cour de Gale Young et Reinhard Reitzenstein. Cette année il récidive dans ce magnifique chêne du Parc du Centenaire à l'endroit même où les fouilles archéologiques ont eu lieu, révélant un cimetière sacré de cette Nation iroquoienne disparue, que Champlain avait surnommé les Neutres.

"As in his sculptures buried in the sands of Chicoutimi (1980), Thibert's work at Grimsby questions the meaning of artistic production in a world undermined by a consumerism and performance mystique which is played out to the detriment of life itself".(12)

Ronald Thibert ne fait-il pas fait surgir une énigme qui le hante depuis longtemps: un espace pictural qui surgit et s'hybride comme sculpture, qui se greffe à l'arbre, à la place publique? Un art sacré dérivant du radeau de la Méduse et des pitounes, des cours d'eau du Saguenay devenu en cet été torrentiel! Heureusement, le seul liquide qui va déferler sera la sève du chêne qu'il sculptera. Comme l'arbre, ces ouvertures de tensions entre le pictural et le sculptural se cicatriseront d'eux-mêmes.

Comme autrefois les Iroquoiens sculptaient des masques dans les arbres et dans l'esprit d'un Reinhard Reitzenstein, que l'on surnomme «l'homme des arbres», parce qu'il s'applique depuis des années à redonner une envergure sculpturale mythique aux arbres déchus, Ronald Thibert a certes livré la sculpture en direct la plus populaire de Common ground/Terre commune.

Au fond, Ronald Thibert est un tendre!

 

"These objects in the Mirror Are closer than they appear" (Martin Dufrasne)

"In Martin's installation, he is using nature as a tool to construct. In continuation of his outdoor installation from last summer; Could Regrets bear Fruit?, he is once again interested in the effects of the passage of time on nature. Another important theme in Martin's piece is the obsession with self and the value on beauty and youth in our society. These chrysantheme flowers serve to illustrate society's emphasis on beauty, for a flower is most valued and admired in its blooming stages. The artist also relates his piece to the incapacity and difficulty in finding a mate. Sometimes we look for someone that has all the same qualities as ourselves...Why is it hard for us to accept and admire differences in others? Look at the metal stakes. Some have mirrors attached. The mirrors represent the element of vanity. What is the difference between the flower you see and the one reflected in the mirror?"(13)

 

"Could Regrets Bear Fruit?"

Dans la galerie, un boîtier rappelant une petite pharmacie faisait voir les cerises en processus de pourriture mises dans des petites bouteilles. Ces fruits avaient été cueillis l'an dernier chez un producteur. Dans les arbres Dufrasne avait laissé à la place une réflexion écrite, spatialisant en celà la pensée, le lien entre ce qui pousse (le fruit) et ce qui disparait (la mort d'être que l'on chérit).

Cet été, retour à la serre et non plus retour à la terre. Une lettre change le sens. Un an après les cerise-échanges avec un producteur fruitier dans cette région-jardin de l'Ontario, se retrouve cette fois à oeuvrer au beau milieu d'une serre de fleurs cultivées!


Flower's mirror in the Greenhouse

L'immense surface de la serre (plus grande qu'un gymnase) où s'alignent de grandes rangées quadrillant l'espace est une architecture conçue pour faire entrer la lumière (des murs transparents en plastiques et en vitres). Il y a un système de contrôle de la température. Partout, des plantes et des fleurs. Presqu'au milieu se trouve l'îlot d'art, à peine perceptible s'il n'y avait pas eu une affiche blanche indiquant où Martin Dufrasne a oeuvré avec une centaine de fleurs. Ce sont des chrysanthèmes.

Il y dialoguera avec ces fleurs, fabriquant en un patient labeur une centaine de tuteur/miroir pour elles. Il cultive alors le sentiment amoureux et entendait bien donner à voir autrement ses multiples images.

Pour ce faire, il a fabriqué et installé des tiges de broche contenant un petit miroir dans lequel se reflète l'image photographique de la fleur qu'il a effeuillée. Les fleurs vivent. Elles ont un ryhtme d'éclosion avec lequel l'artiste a dû s'ajuster pour en faire l'essence, le parfum, les couleurs de son projet de dialogue, de discours amoureux Humain/Végétaux. Les fleurs en serre se cultivent. L'artiste a dû, comme il l'avait fait l'an dernier avec un producteur de fruits, présenter, convaincre et moduler son projet d'art au cycle de production commecial, industriel. Autre zone de transformation des visions du monde : inverser la valeur d'échange (le produit) en valeur d'usage (l'art).

Reflet d'objectivation du regard modifié? À l'endos des photos, on lit les bribes d'une phrase chaque fois modifiée, presqu'illisible. Devant nous cependant, des loupes pouvaient servir à rendre limpide la phrase: I need love. Le sentiment à fleur d'installation!

Loin d'apaiser, ça questionne l'intime, le privé et le public.

Comment songer, voir le danger dans les fleurs? Comment lire le besoin sentimental dans un univers où la domestication, la fabrication, le «bouquettissage», la mise en pot, en couronne, le séchage, le dessin, la copie plastifiée ou en tissu de fleurs couvent et courrent en serres le nécessaire arrêt pour y réfléchir?

Un pétale de chrysanthème effeuillé change-t-il l'être et le lieu même de l'existence? Cette question est grave, parce qu'elle interroge d'abord un sentiment intime, l'amour, mais simultanément la face «utopisée», romancée, «kitshisée», prêchée, cinématisée, floralisée de l'intersubjectivité, l'âme-soeur, l'idéal, la compagne ou le compagnon, sa progéniture, sa famille, le prochain etc...

Le sentiment amoureux , comme la fleur, est entouré d'herbes, de mauvaises herbes (les émotions, les désirs, les difficultés de communiquer, les blocages, les peines, les chagrins, les hasards, les mauvaises conjonctures et, en bout de piste les atomes non-crochus, l'absence de chimie avec l'Autre, un amour impossible parce qu'unidimensionnel). Ou bien il donne accès à la passion (le coup de foudre, le coup de coeur, le choc) qui quelquefois mute en belle aventure, mais qui souvent se consume, brûle, blesse, tue.

Même en ne s'occupant que d'une seule fleur (la rose du Petit Prince de Saint-Exupéry), l'artiste fait voir, donc transforme, et l'endroit et ses us, donc la perception qu'en a le visiteur, tout comme du bâtiment. Autre débordement de l'installation.

C'est le bouquet!

 

«Promesse» (Claudine Cotton)

"In the gallery there were 19,000 communion hosts (one for each citizen of Grimsby) stacked in 10 cages made of leaf. Each host has been stamped with one of five words or phrases. Over a 10 day period, Claudine has taken apart the cages (one per day) and changed the words from a word of distress to none of promise. Here at the outdoor installation, the hosts (was supposed) to cover a lead fishing weight, covered by the words of promise. However after 3 days of working at Murray Park unforseen obstacles prevented Claudine from completing this exact project and the pearl began to disappear. But the idea of the pearl still remains in her head and upon return to Chicoutimi, Claudine will once again resume her idea. She will cover the other lead weight with the inscription "stagnation" with the remaining hosts. All the hosts but one were used in the installation. The last one will be symbolically dropped from airplane over Grimsby."(14)

Words on Hosts

Dix longues cages faites de 4 tiges métalliques qui vont du plancher jusqu'au plafond forment un cercle dans l'espace à droite de l'entrée dans la galerie. L'éclairage met en relief les quelques 19,000 hosties qui y sont enfermées, Un boulet est aussi présent (le mot indifférence y est gravé). Il y a symboliquement une hostie pour chacun des habitants du «town».

Pendant 10 jours, l'artiste va intervenir minimalement sur chacune des cages et hosties en modifiant des mots qui y sont imprimés (island-land, borne-born, man-manne, vide-avide, I care-care). En éventrant les tiges, et en manipulant tous les jours ces icônes, l'artiste entendait faire glisser le sens de détresse vers la promesse d'espoir.


The pearl disappear and common freedom over Grimsby dropped from an airplane

Un peu comme le font les huîtres avec leur rares perles, Claudine entendait recouvrir d'hosties un boulet déposé sur le rivage du grand lac Ontario. Mais il va disparaître. Après son propre moment de détresse, liberté rimant ici avec fragilité --alors que dans les tiges, elles formaient par solidarité une solide structure--, l'artiste va opérer un clivage important: comme par substitution de ce boulet évanoui. Elle s'insèrera une petite perle dans le cuir chevelu, (mémoire de l'intention) avec l'aide d'Isabelle, sa jeune adulte. À Chicoutimi, elle réalisera l'enrobage.

"It goes Farther than the twelve-bar circle of life endowed with hair-raising power, farther than the magic of dreaming, farther than a lost love can lead one. farther than the night".(15)

Par avion, du haut des airs, elle va libérer la dernière hostie non-manipulée, l'offrant en celà à toute la communauté. Elle embrasse alors poétiquement l'espace habité de tout Grimsby. Un poids de moins sur la conscience, mais surtout jumelage de l'intellect, du corps, de l'espace d'art (la galerie aurait pu devenir son seul site) et du territoire social. Avec Claudine Cotton, toujours la sensibilité délicate à l'oeuvre.

Des kilomètres sur la ligne du risque

Ce texte est imbibé de vie, de risques intellectuels et d'amitiés. C'est le propre du partage des terres culturelles. De 1994 à 1996, les épisodes de cet étonnant événement d'art en témoignent.

La critique d'art comme genre de vie avait écrit en 1978 Pierre Restany...

Guy Sioui Durand, complice
27 septembre 1996


Notes
(1). Extrait des communiqués accompagnant les installations et oeuvres in situ. Grimsby Public Art Gallery. August 1996.
(2). Extrait des communiqués accompagnant les installations et oeuvres in situ. Grimsby Public Art Gallery. August 1996.
(3)
. Extraits de textes de Claire Gravel pour le livre d'artistes Cuesta 0 de Guy Blackburn, Claudine Cotton, Ronald Thibert, Yves Tremblay, Martin Dufrasne et Steven Ferlatte. Chicoutimi, septembre 1996.
(4)
. Extraits de textes de Claire Gravel pour le livre d'artistes Cuesta 0 de Guy Blackburn, Claudine Cotton, Ronald Thibert, Yves Tremblay, Martin Dufrasne et Steven Ferlatte. Chicoutimi, septembre 1996.
(5). Extrait des communiqués accompagnant les installations et oeuvres in situ.
Grimsby Public Art Gallery. August 1996.
(6)
. Elizabeth Chitty, Nature of the Body, 50 petits livres verts accompagnant l'installation et la performance. Installation, Grimsby Public Art Gallery, July 12-August 17. Performance, Beamer Memoral Conservation Area, Niagara Peninsula Conservation Authority, Grimsby, Ontario, August 3, 1996. Terre Commune-Common Ground, Grimsby Public Art Gallery- Séquence.
(7)
. Elizabeth Chitty, Nature of the Body, 50 petits livres verts accompagnant l'installation et la performance. Installation, Grimsby Public Art Gallery, July 12-August 17. Performance, Beamer Memoral Conservation Area, Niagara Peninsula Conservation Authority, Grimsby, Ontario, August 3, 1996. Terre Commune-Common Ground, Grimsby Public Art Gallery- Séquence.
(8)
. Elizabeth Chitty, Nature of the Body, 50 petits livres verts accompagnant l'installation et la performance. Installation, Grimsby Public Art Gallery, July 12-August 17. Performance, Beamer Memoral Conservation Area, Niagara Peninsula Conservation Authority, Grimsby, Ontario, August 3, 1996. Terre Commune-Common Ground, Grimsby Public Art Gallery- Séquence.
(9)
. Extrait des communiqués accompagnant les installations et oeuvres in situ.
Grimsby Public Art Gallery. August 1996.
(10)
. Extraits de textes de Claire Gravel pour le livre d'artistes Cuesta 0 de Guy Blackburn, Claudine Cotton, Ronald Thibert, Yves Tremblay, Martin Dufrasne et Steven Ferlatte. Chicoutimi, septembre 1996.
(11)
. Extrait des communiqués accompagnant les installations et oeuvres in situ.
Grimsby Public Art Gallery. August 1996.
(12)
. Extraits de textes de Claire Gravel pour le livre d'artistes Cuesta 0 de Guy Blackburn, Claudine Cotton, Ronald Thibert, Yves Tremblay, Martin Dufrasne et Steven Ferlatte. Chicoutimi, septembre 1996.
(13)
. Extrait des communiqués accompagnant les installations et oeuvres in situ.
Grimsby Public Art Gallery. August 1996.
(14)
. Extrait des communiqués accompagnant les installations et oeuvres in situ.
Grimsby Public Art Gallery. August 1996.
(15)
. Extraits de textes de Claire Gravel pour le livre d'artistes Cuesta 0 de Guy Blackburn, Claudine Cotton, Ronald Thibert, Yves Tremblay, Martin Dufrasne et Steven Ferlatte. Chicoutimi, septembre 1996.